Les placements financiers en fin de course !

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Les performances de la Bourse des Valeurs de Casablanca ont été négatives en 2018, avec une baisse de 10%, alors que les deux années précédentes avaient été marquées par une hausse cumulée de plus de 40% !

On pourrait interpréter cette mauvaise performance comme le résultat de prises de bénéfices, mais, de l’avis des analystes, c’est le manque de confiance qui a caractérisé 2018 et dont l’origine se trouve dans le ralentissement économique global qui a affecté notre pays.

A la Bourse d’ailleurs, cela s’est traduit par un nombre sans précédent de profit warnings, dont ceux de « blue chips », tel Wafa Assurance qui avait émis un avertissement à la baisse de ses résultats, au grand étonnement des opérateurs du marché.

C’est sur ce constat bien négatif que l’année 2019 a été entamée à la bourse, avec un léger ressaisissement des indices MASI et MADEX, de, respectivement, +0,18% et +0,15%, mais ce frémissement ne saurait être compris sans un retour en arrière plus exhaustif sur 2018, année noire s’il en fut.

Annus horribilis

En effet, ce qu’il faut constater dès le départ, c’est que la situation macroéconomique a été fortement négative avec une baisse de la croissance à 3,3% malgré une demande intérieure toujours soutenue et le bon comportement de la demande en crédits d’équipements, qui n’ont pas pu rattraper la chute de la VA agricole. Cet environnement s’est alourdi par le creusement des déficits publics qu’ils soient budgétaire, commercial et courant.

Certes, 2018 avait pourtant bien commencé pour la Bourse de Casablanca puisque les deux premiers mois de l’année avaient enregistré un +6,1%, mais ce trend devait fléchir avant de plonger les indices dans le rouge à compter de la fin mai 2018. Un état de fait qui devait se traduire par une baisse annuelle de -8,3% pour le MASI et de -8,6% pour le MADEX, traduisant une morosité profonde que les deux seules introductions en bourse de 2018, Immorente et Mutandis, n’ont pu dissiper !

En allant plus avant dans le détail des performances des sociétés cotées à Casablanca, on constate un phénomène qui exprime bien la connotation négative entre l’état macroéconomique général et les résultats des grandes sociétés cotées puisque les meilleures performances 2018 ont été réalisées par les petites capitalisations comme HPS, +53,9%, M2M Group, +24,22%, Cartier Saada, +23,71%, Maghreb Oxygène, +23,19%, Aluminium du Maroc, +23,13%.

Par contre, les plus mauvaises réalisations boursières ont concerné des sociétés qui ne résorbent pas leur sinistrose comme Alliances qui a corrigé son cours de -58,33%, Stroc Industries, de -51,37%, Fénié Brossette, de -49,17% et SM Imiter, de -48,83%.

Ce n’est pas rien que de voir certaines sociétés cotées perdre la moitié de leur capitalisation boursière en un an !

D’ailleurs, le comportement des volumes traités sur le marché boursier a connu en conséquence une baisse drastique avec un volume global échangé en 2018 de 46,27 MMDH, en baisse de 28% par rapport à 2017.

Dans le détail, les valeurs les plus échangées ont été Attijariwafa bank avec un volume de 10,8 MMDH, BCP loin derrière  avec 4,5 MMDH, Maroc Telecom, 3,9 MMDH, BMCE Bank 3,5 MMDH et Cosumar 3,4 MMDH. Deux opérations d’augmentation de capital ont été réalisées. La première par  Alliances, avec ses ORA arrivées à leur terme sans avoir été remboursées, ce qui a donné lieu à une augmentation de capital d’un montant de 642 MDH. La seconde a concerné Cosumar pour 314 MDH.

Analysé par activités sectorielles, le bilan 2018 de la Bourse place le tourisme en tête avec une performance de +20,07%, suivi par l’informatique, +13,38%, les télécommunications avec Maroc Telecom, seule société du secteur cotée à la bourse, +5,6% et le transport, +5,51%.

Voilà pourquoi, ipso facto, la capitalisation totale de la BVC enregistre une baisse de 7,1% par apport à 2017, à 582,2 MMDH, tandis que les banques campent toujours en tête du classement des secteurs, avec 34,9% de cette dernière, en hausse de 0,5%, suivies de Maroc Telecom, 21,4% avec +2,6% et du secteur construction, matériaux et infrastructures, 12%, en baisse de -0,1%.

En benchmark avec d’autres places boursières mondiales, cité par BMCE Capital Research dans son bilan boursier 2018, sur un échantillon de 17 marchés appartenant aux catégories « Frontier » et « Emerging Markets », la Bourse de Casablanca figure en 11ème position pour un P/E encore élevé de 17,9x, supérieur à la médiane de l’ensemble (11,5x).

Son rendement de dividende s’établit en 2018 à un niveau de 3,8% contre  6,7% pour Oman par exemple. Et sa volatilité ressort parmi les plus faibles, soit 7,7%, contre 22,6% pour le Brésil et 35,3% pour l’Argentine. Et pour cause, les pays d’Amérique latine connaissent des problèmes économiques et financiers graves causés par la hausse du dollar américain et des taux d’intérêts de la FED, ce qui a fait migrer brusquement tous les investisseurs vers les États-Unis.

Comparaison des performances 2018 de marchés frontiers et émergents. Source : BMCE Capital Research

Qu’attendre pour 2019 ?

Alors que les indices boursiers casablancais repartent très timidement à la hausse en ce début de 2019, cette année pourrait marquer une stabilisation, ce qui, à quelques exceptions près, (Maroc Telecom notamment), s’apparenterait donc à une stagnation, corrélée à la faiblesse des prévisions de croissance du PIB global pour 2019.

Certes, du fait de la baisse des rendements obligataires, les arbitrages se feront en faveur du marché actions et on devrait attendre quelques avancées avec la mise en œuvre de la réforme du marché financier synonyme de plus de liquidités.

Et, peut-être, de nouvelles introductions en bourse, IPO, comme annoncées par la Loi de Finances 2019 et le Ministre des Finances M. Benchaâboun en personne.

Les prévisions sectorielles énoncent que Maroc Telecom devrait poursuivre sur son trend haussier entamé en 2017 tandis que la Data, en cours de monétisation, pourrait donner ses premiers fruits.

Pour l’immobilier, alors même que le pays continue de connaître un fort déficit en logements, sociaux notamment, on ne peut s’attendre à une réelle reprise pourtant attendue par le secteur qui connaît de sérieuses difficultés.

Les autres secteurs de l’économie marocaine comme le BTP, l’énergie (grâce à Taqa et à la montée des énergies renouvelables), l’agroalimentaire ou encore le secteur portuaire, sont plus optimistes pour 2019.

Dans le secteur financier, le secteur bancaire, avec l’entrée en vigueur de la norme IFRS 9, aura connu une baisse des fonds propres, ce qui obligerait enfin les banques à des recapitalisations depuis longtemps nécessaires dans un contexte de hausse du risque de leurs engagements africains. Même si celles-ci devraient s’accompagner de hausses tarifaires importantes.

En ce qui concerne les compagnies d’assurance, 2019 devrait constituer une année de hausse de leurs tarifs face à la montée du risque, d’autant que leurs résultats financiers ont été négativement impactés par le marché actions.

Le secteur gazier, chahuté par la volatilité des cours sur le marché international et les perspectives de la décompensation, serait sans doute fragilisé, sans affaiblir pour autant la position d’Afriquia Gaz, leader reconnu de ce secteur.

Enfin, la monétique continuera à profiter pleinement de la dématérialisation des moyens de paiement.

Une question de taux

Mais faire le bilan des performances boursières 2018 présente un intérêt particulier pour ce début de 2019 du fait des comportements flat des taux d’intérêt. Ceux-ci, non seulement, baissent pour toutes les lignes, mais ne présentent plus de perspectives de hausse du fait d’un taux directeur stagnant pour le court terme et la fin des revalorisations des titres de dettes pour le moyen et le long terme.

Les produits financiers ont atteint une certaine limite de performance que seule une ouverture sur de nouveaux produits avec, par exemple, l’introduction d’un marché à terme, pourrait améliorer en attendant une reprise de la croissance économique et de l’inflation, accompagnées d’une amélioration des performances boursières et d’une remontée des taux….

Afifa Dassouli

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